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La « fintech » gagne ses lettres de noblesse – La Tribune – 31/03/15

Le 23 mars, le gouvernement a fait les honneurs de Bercy aux start-up françaises spécialisées dans les technologies financières. Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat au numérique, veut faire de la fintech « la fine fleur de la French Tech. »

Il y a un an, on commençait tout juste à entendre parler d’elles, en France. Aujourd’hui, elles tiennent salon au ministère des Finances et font l’objet de conférences dédiées. « Elles », ce sont les « fintech », ces start-up qui révolutionnent l’industrie financière grâce aux technologies du numérique, à la manière d’un Uber dans les transports ou d’un Airbnb dans l’hôtellerie. Ce phénomène prend en France une ampleur suffisante pour que le cabinet de conseil Octo Technology ait décidé de réunir banques et fintech, le 25 mars, afin de plancher sur la meilleure façon de faire cohabiter la finance traditionnelle et ces nouveaux entrants. Deux jours plus tôt, pas moins de trois membres du gouvernement – Emmanuel Macron, Michel Sapin et Axelle Lemaire – avaient fait les honneurs de Bercy aux fintech françaises, dans le cadre de la 5ème édition des Jeudigital, qui voient chaque mois un ministère ouvrir ses portes aux start-up. Cet événement, rebaptisé pour l’occasion Lundigital, a résonné comme une prise de conscience des pouvoirs publics français de la montée en puissance inexorable des fintech.

Il faut dire que les chiffres sont éloquents. Aux Etats-Unis, pays pionnier comme souvent dans les nouvelles technologies, le nombre des fintech a quadruplé en 2014, à 1.042, affirme Sylvain Fagnent, consultant chez Octo Technology. L’an dernier toujours, les capitaux levés par les fintech américaines ont quintuplé, pour atteindre 15 milliards de dollars, après avoir déjà triplé l’année précédente. Et certaines fintech d’Outre-Atlantique, nées dans le sillage de la crise financière de 2008, valent déjà plus d’un milliard de dollars, à l’image de Square dans les paiements mobiles, de Stripe, l’autre PayPal, ou encore de la plateforme de prêts Lending Club, valorisées 6 milliards pour la première, 3,6 milliards pour la seconde et 7,6 milliards pour la troisième, entrée en fanfare à Wall Street à l’automne dernier.

Derrière les disruptions, des promesses de démocratisation

Paiements, financement des PME et des particuliers, gestion de patrimoine… Plus aucune étape de la chaîne de valeur de l’industrie bancaire n’échappe aux fintech. Ces dernières opèrent chacune sur un créneau bien spécifique, une spécialisation qui est à l’origine de leur succès. « Les fintech se positionnent là où des services sont inexistants ou trop chers« , explique Sylvain Fagnent. La preuve avec la jeune pousse française Afrimarket, une solution de bons d’achat électroniques qui permet à la diaspora africaine de financer les dépenses de santé, de nourriture et de scolarité des proches restés au pays. Et ce, moyennant une commission de 5% seulement pour l’envoyeur des bons d’achat, alors que « les opérateurs de transfert d’argent comme Western Union et MoneyGram se rémunèrent à hauteur de 12,5% », s’indigne Rania Belkahia, PDG d’Afrimarket, présente à Bercy le 23 mars.

Autre exemple : celui d’Advize, une solution d’épargne en ligne accessible à tous, avec à la clé des conseils personnalisés émanant d’analystes financiers de Morningstar, partenaire de la start-up. L’objectif de Nicolas Marchandise, directeur général d’Advize et également convié au Lundigital de Bercy : faire en sorte « qu’épargner en ligne devienne aussi simple que de réserver un voyage sur Internet, qu’il n’y ait plus besoin de se transformer en trader. » « Derrière ces disruptions numériques se trouvent de belles promesses de démocratisation », a reconnu Axelle Lemaire, lors du Lundigital du 23 mars. La secrétaire d’Etat au Numérique souhaite donc faire de la fintech « la fine fleur de la French Tech. »

Différentes formes de partenariats entre banques et fintech

De fait, les propositions des fintech sont basées sur la simplicité d’usage, la qualité de l’expérience-client, la transparence, c’est-à-dire l’absence de frais cachés. « Les clients des banques ne comprennent pas bien pourquoi certains services sont facturés, quelle est leur valeur ajoutée, alors que celle-ci est plus facilement perceptible chez les fintech, du fait de leur spécialisation », a admis Anne-Laure Naveos, en charge des acquisitions et des partenariats au Crédit Mutuel Arkéa, lors du colloque organisé par Octo Technology. Convaincu de la nécessité de s’intéresser aux fintech afin de réinventer le métier de banquier, le Crédit Mutuel Arkéa investit dans ces jeunes pousses. La banque est notamment actionnaire de la plateforme de crowdfunding Prêt d’Union et de Linxo, une solution de gestion des finances personnelles. Solution que la banque en ligne Fortuneo, filiale du Crédit Mutuel Arkéa, a d’ailleurs adoptée, dans le cadre d’un partenariat, non pas capitalistique cette fois, mais commercial.

Le 19 mars, Boursorama (groupe Société générale) est allé plus loin encore, en rachetant purement et simplement la fintech française Fiduceo, spécialisée dans l’agrégation de comptes bancaires. Acquisitions, investissements en capital-risque, incubation, partenariats commerciaux… Il est encore trop tôt pour savoir quel mode de collaboration entre la finance traditionnelle et les fintech sera le plus efficace. Une certitude : « La place (financière) de Paris, le financement de l’économie ont besoin de ces innovations« , a affirmé Emmanuel Macron le 23 mars. Et le ministre de l’Economie d’inciter les start-up à lui faire part de « toutes les idées » qu’elles pourront avoir « pour ouvrir des brèches dans la réglementation », afin de favoriser l’essor des fintech. Comme le gouvernement l’a déjà fait pour le crowdfunding, en entaillant le monopole bancaire dans le prêt.

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